Inventons ensemble la Métropole intense de demain !
Nous sommes confrontés à des urgences climatiques et écologiques sans précédent qui nous obligent à inventer un nouveau modèle de développement, moins consommateur d’espaces naturels et agricoles, plus sobre en énergie, et agréable à vivre, sans surchauffe estivale.
Et ce modèle doit aussi répondre aux autres enjeux des territoires : crise du logement, augmentation des prix du foncier, des matériaux et de l’énergie…tout en préservant, voire améliorant la qualité de vie des habitants.
Par ailleurs, les acteurs sont multiples : élus, techniciens des institutions, architectes, ingénieurs, urbanistes, paysagistes, promoteurs, universitaires…
Cette complexité justifie une démarche spécifique et ambitieuse sur l’intensification. Elle vise à proposer des réponses à ces enjeux en contribuant à passer d’un modèle extensif à un modèle plus intense.
Notre Démarche : une approche collaborative et prospective
La Métropole Aix-Marseille-Provence pilote la démarche « Intensifications métropolitaines » en animant une « communauté apprenante ».
Cette approche collaborative réunit de nombreux acteurs collectivités (élus, techniciens des collectivités, architectes, ingénieurs, urbanistes, paysagistes, promoteurs, universitaires…).
Elle se déploie à travers plusieurs dimensions clés :
- repérer et mettre en lumière les recherches et bonnes pratiques sur l’intensification,
- comprendre en profondeur les enjeux soulevés par l’intensification urbaine,
- identifier les leviers pour faciliter cette transition et les freins qui peuvent entraver sa mise en œuvre.
1. Densité, densification, intensification urbaine, de quoi parle-t-on ?
Terminologie
Tout d’abord, il est important de revenir sur la notion à partir de laquelle se déclinent les autres : la densité. La densité est le rapport entre une quantité d’éléments et la surface qu’ils occupent. Ce peut être le nombre d’habitants, d’emplois, de logements, etc. par unité de surface.
Puis, il est nécessaire de clarifier la différence entre les deux termes : densification urbaine et intensification urbaine.
Il existe 2 manières de densifier les espaces urbains :
- Densifier par de nouvelles constructions dans les quartiers existants, en particulier sur les friches, certains espaces tels que les pôles commerciaux ou zones d’activités économiques, les parkings, les toits ou sous-sols, les secteurs les mieux desservis par les transports collectifs structurants ou en voie de l’être et, plus globalement, les centres-villes et centres-villages.
- Densifier sans construire par une meilleure optimisation des usages des bâtiments existants : il s’agit d’optimiser l’usage des logements, des bâtiments d’activité économique et des équipements (lutte contre la vacance et la sous-utilisation, chrono-urbanisme, mutualisation et partage, usage des espaces télétravaillés).
Alors que la densification urbaine ne renvoie qu’à la première approche, l’intensification urbaine couvre les deux entrées : densifier le bâti et intensifier les usages.
L’intensification urbaine embrasse l’ensemble des besoins des habitants : logements, emplois, équipement et services, etc.
Ecarter les idées reçues : la densité urbaine n’est pas synonyme de « hauteur »
Un autre préalable important est de dissiper les idées reçues sur le lien entre « densité urbaine » et certaines formes urbaines. La densité urbaine n’implique pas forcément de construire des tours ou des grands ensembles.
Le petit schéma ci-dessous en fait la démonstration : une même densité – ici, 76 logements/ha – peut s’exprimer dans trois formes de bâti complètement différentes, que ce soit en termes de hauteur, de végétalisation, d’espaces de circulation, etc.

Source : Vincent Fouchier, repris par IAU-îdF
2. Pourquoi « intensifier » les espaces urbains aujourd’hui ?
Un débat renouvelé sur la « ville dense »
L’intensification urbaine permet une limitation à la fois de l’espace naturel consommé, des matériaux exploités, de l’énergie utilisée et des coûts de construction des réseaux (eau, électricité, routes, etc).
Dans le champ des politiques publiques, la lutte contre l’artificialisation des sols n’est pas récente : elle s’exprime dans plusieurs textes législatifs dès les années 2000, dont en particulier la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain).
La loi Climat et Résidence (du 22 août 2021) qui fixe l’objectif du « zéro artificialisation nette » à l’horizon 2050 et la neutralité carbone fixés à l’horizon 2050 donnent une nouvelle couleur à ce débat. Le compte à rebours est lancé : l’intensification urbaine est désormais l’un des défis de ce siècle.
Pendant de longues décennies, comme dans la plupart des grands territoires urbains français, le développement s’est fait sur le territoire de la Métropole Aix-Marseille-Provence selon un modèle extensif : beaucoup d’habitat pavillonnaire, des zones commerciales périphériques, des réseaux routiers dédiés à la voiture individuelle. Source de pollution, de saturation des axes routiers et de consommation foncière, ce modèle montre ses limites.
De nombreux facteurs motivent également ce tournant :
– les évolutions démographiques dans les prochaines décennies n’ont rien à voir avec celles qui ont généré l’urbanisme extensif : moindre croissance, moindre proportion de familles avec enfants, fort vieillissement et hausse des personnes seules,
– les changements de modes de vie s’orientent vers la notion de proximité (la ville du quart d’heure, une ville plus dense et mixte) et de nouvelles pratiques (co-living, coworking, etc) , irriguée par les mode de déplacement « doux » ou par les transports en commun,
– sur le plan environnemental, concentrer le développement urbain limite la fragmentation des habitats naturels, préserve la biodiversité, réduit la dépendance à l’automobile (moindres émissions de gaz à effet de serre), permet une utilisation plus efficace des infrastructures existantes telles que les réseaux de transport ou d’approvisionnement en eau et en énergie.
C’est un nouveau développement des territoires qu’il nous faut inventer : un développement urbain intensif et non extensif comme nous l’avons produit jusqu’à présent.
3. Quels sont les défis posés par l’intensification urbaine aux acteurs de la fabrique de la ville ?
3.1 Déceler et exploiter tous les gisements fonciers à potentiel
Ces gisements sont de plusieurs natures :
- Le renouvellement du tissu urbain existant (zones commerciales, bâti dégradé ou vacant, bâti ou terrains sous-occupés, friches et délaissés, surélévation des toits, etc.) ;
- L’aménagement et l’intensification des usages (urbanisme transitoire, optimisation des espaces et des usages des bureaux y compris administrations publiques, équipements et espaces publics, etc.).
- Lutte contre la vacance et la forte sous-occupation



3.2 Aménager et intensifier des vies-villes dans une logique de proximité
L’intensification urbaine pose aux acteurs de la fabrique de la ville le défi d’aménager et d’intensifier les villes selon une logique de proximité : des « villes du quart d’heure » dans l’esprit du concept de Carlos Moreno. Cette approche vise à rapprocher les principales fonctions urbaines (habiter, travailler, étudier, consommer, se soigner, se divertir).
A l’échelle du bâti, l’intensification des usages s’appuie sur des procédés de mutualisation, d’optimisation des différentes temporalités, etc.
Le modèle de la « ville du quart d’heure » tend ainsi à concilier développement (y compris économique) et durabilité (sobriété foncière et énergétique, lutte contre les îlots de chaleur, nature en ville, etc).
Les « villes du quart d’heure » doivent participer à répondre aux besoins quantitatifs du territoire (logements, espaces économiques, infrastructures, etc). Ces besoins sont également traversés par différentes évolutions socio-économiques : accueils de nouveaux actifs liés aux projets économiques, vieillissement de la population, décohabitation, etc.) qu’il s’agit d’appréhender avec finesse.
L’intensification des centralités urbaines est un levier essentiel pour agir sur la décarbonation des mobilités : les habitants des secteurs peu denses du territoire d’Aix-Marseille-Provence parcourent 3 fois plus de kilomètres que les habitants des centres-villes. Alors que le modèle extensif s’appuie sur la vitesse de déplacement pour parcourir de longues distances, ces « villes du quart d’heure » se fondent de fait sur des modes de déplacement doux (vélo, marche) et des distances courtes grâce à la densité et la mixité.


4. Quelle est cette « Communauté apprenante » rassemblée autour de la démarche
« intensifications métropolitaines » d’Aix-Marseille-Provence ? Pourquoi ce site internet ?
La Communauté apprenante est cet esprit collectif impulsé par la Métropole Aix-Marseille-Provence depuis 2023, rejointe par tous les acteurs de la fabrique de la ville : élus, experts, chercheurs, techniciens, acteurs socio-économiques, citoyens.
Elle se forme et échange lors des différents formats de production et de rencontres initiés par chacun des acteurs concernés : études, conférences, débats, ateliers, etc. Elle capitalise les expérimentations déjà réalisées sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence et ailleurs, affinant et consolidant ainsi la compréhension des bénéfices de l’intensifications. L’enjeu partagé est d’identifier les potentiels d’intensification de manière à lever les limites a priori d’une part et d’autre part dégager des marges de manœuvre nécessaires à l’expérimentation de nouvelles pratiques en matière de fabrique de la ville.
Par la mise en partage des savoirs et expériences, ce site internet, au croisement de la recherche et de l’action, concrétise l’intention de progresser collectivement sur l’intensification urbaine : construire ainsi un autre modèle urbain plus sobre, plus compact, plus vert, plus mixte dans ses usages et plus agréable à vivre !
Vous pouvez également contribuer à la Communauté apprenante !
Contact : agam@agam.org
5. Quel est le rôle de la Métropole Aix-Marseille-Provence dans la démarche « Intensifications métropolitaines »?
Le territoire d’Aix-Marseille-Provence : quelles spécificités ? – Portrait de territoire
Ce portrait de territoire propose d’aborder les spécificités d’Aix-Marseille-Provence à partir de 4 grandes questions ;
Comment se révèlent les risques liés à l’artificialisation des sols, à la pollution et au changement climatique ? (*1)
La contrainte posée par le Zéro Artificialisation Nette impose une « optimisation » des espaces déjà urbanisés. Reste-t-il de la « place » dans la métropole la plus vaste de France ? (*2)
Ces espaces de vie intensifiés interrogent les nouveaux équilibres à trouver entre vie urbaine et accès aux espaces naturels pour ne pas compromettre, voire améliorer, la qualité de vie des habitants. L’écran paysager exceptionnel d’Aix-Marseille-Provence peut-il suffire à compenser des espaces urbains plus denses ? Quels sont les atouts et les écueils de ce territoire ? (*3)
Le dynamisme économique est un atout fort du territoire, contribuant à hauteur d’environ 3% du PIB nationale. « Un territoire qui ne se développe pas est un territoire qui se meurt » rappelait Domnin Rauscher, Directeur Général des Services de la Métropole Aix-Marseille (Séminaire POPSU « Intensification métropolitaines », 19 octobre 2023). A quels défis les acteurs économiques sont-ils confrontés pour concilier croissance et préservation de la biodiversité ? (*4)
Déroulez ici pour découvrir les 4 grandes questions
Comment se révèlent les risques liés à l’artificialisation des sols, à la pollution et au changement climatique sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence ?
Avant même d’interroger les modalités d’application du ZAN et de la neutralité carbone, il est important de rappeler combien ce territoire est exposé aux risques liés à l’artificialisation des sols, à la pollution, et de manière plus générale aux risques induits par le changement climatique.
L’artificialisation fragilise les écosystèmes jusqu’à interroger potentiellement l’habitabilité de nos villes dans un futur proche : pics de chaleur, ruissellement des eaux de pluie à l’origine de crues torrentielles et d’inondations, feux de forêts provoqués par un étalement urbain jusqu’en limite des massifs, etc.
A cela s’ajoutent les risques spécifiques aux territoires littoraux. Il est important de garder à l’esprit que sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence, 20 communes sont concernées avec 255 km de côte ;
Victimes de leur succès, ces espaces littoraux, refuges pour la biodiversité terrestre et marine, subissent de fortes pressions, liées à l’artificialisation : montée des eaux, risque d’érosion et de submersion des côtes, le long et à l’embouchure des principaux cours d’eau, rejets en mer et surfréquentation fragilisant la biodiversité. Les espaces agricoles de la métropole subissent également de fortes pressions liées à l’urbanisation : la surface agricole utilisée a baissé de 4% et le nombre d’exploitation de 25% depuis 2000. 10 000 hectares restent sous pression de l’urbanisation dans les documents d’urbanisme. Toutefois, la tendance est bien au ralentissement.
Reste-t-il de la « place » dans la métropole la plus vaste de France ?
Le Zéro Artificialisation Nette fait apparaitre l’image mentale d’un « tétris » chargé de répondre à la question : comment répondre aux besoins des territoires (logements, espaces économiques, infrastructures, etc.) sur une surface urbanisée constante ?
Superficie du territoire et espaces urbanisés
Avec une superficie de 3150 km², la métropole Aix-Marseille-Provence est la plus vaste de France. Comparativement, elle est 6 fois plus vaste que la métropole de Lyon et 4 fois plus que le Grand Paris.
La répartition entre espaces urbanisés et espaces naturels, agricoles et forestiers vient tendre le territoire sur lequel pourront être désormais projetés les besoins. L’urbanisation s’étale sur 27 % du territoire contre 50% d’espaces naturels et forestiers, 19% d’espaces agricoles et 4% de zones humides. A cela s’ajoute le fait que le territoire est bordé par 255 km de trait de côte.
- Densité et efficacité foncière
Comparativement avec les autres grandes métropoles française, Aix-Marseille-Provence n’est pas particulièrement dense avec environ 2000 habitants/km². A titre d’exemple, Paris compte environ 10 000 habitants/km² et Nice environ 4 000 habitants/km².
En termes d’efficacité foncière, une construction consomme, dans la métropole Aix-Marseille-Provence, en moyenne 140 m² (entre 2009 et 2013), alors qu’à Bordeaux, elle couvre en moyenne 84 m² et à Lyon 41 m².
Ces chiffres soulèvent la question suivante : Quelle « optimisation » possible de l’espace urbanisé sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence ?
Pour y répondre, il s’agit de prendre en compte différentes caractéristiques et tendances propres au territoire (source : Villes Vivantes / OFCE 2024);
- La répartition spatiale des densités est très inégale sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence.
En effet, en termes de répartition des volumes de logements, un quart des logements sont dans des îlots à faible densité (<16 logements/ha, ce qui correspond généralement à un tissu pavillonnaire) et couvre 51% de la surface urbanisée.
Un quart des logements sont dans des îlots de densité élevée (> 105 logements/ha) mais ne couvrent que 3% de la surface urbanisée. Ils sont essentiellement concentrés dans les centres de Marseille et Aix-en-Provence.
- Entre 2013 et 2022, 54% des logements produits dans la métropole l’ont été dans des îlots dont la densité était inférieure à 15 logements/ha, qui ne représentaient que 25% du parc de logements.
Cette dynamique doit être confortée non sans vigilance : si la densification du pavillonnaire (BIMBY : « Build in my backyard) représente un potentiel réel, il faut cependant éviter de promouvoir cette densification à distance des transports ou des centralités. Pour autant, d’autres modes de densification plus significatifs (petit collectif ou autre).
- En 10 ans (2013-2023), 26% des îlots ont vu leur densité augmenter de manière significative (>25%), représentant aujourd’hui 14% de la population de la métropole AMP (contre 8% en 2013).
- Ces îlots densifiés concernent des projets variés, souvent portés par la puissance publique comme Euroméditerranée (Marseille) ou La Duranne (Aix-en-Provence).
- Tendances sociodémographiques et besoins en logements
En 2018, le territoire d’Aix-Marseille-Provence comptait 1 889 700 habitants. Entre 2013 et 2018, le taux annuel de la croissance a été de 0,4 %, soit une augmentation de 5 700 habitants supplémentaires par an, essentiellement grâce au solde naturel. Autrement dit, la croissance démographique est davantage portée par la natalité que par l’arrivée de nouveaux habitants.
En 2040, l’Insee projette, dans l’hypothèse d’un prolongement de la tendance, une population de 2 013 000 habitants.
En zoomant, il apparaît une cartographie des profils sociodémographique ; Alors que les plus grandes villes accueillent surtout les nouveaux arrivants, les jeunes actifs et étudiants, les couples avec enfants, les cadres et les professions intellectuelles supérieures préfèrent majoritairement les tissus périurbains ou quittent le territoire.
Cette observation livre une clef de lecture essentielle à la compréhension du territoire : Le territoire d’Aix-Marseille-Provence est marqué par une organisation urbaine polycentrique, offrant une pluralité de modes de vie.
Les 92 communes de la métropole forment l’armature territoriale suivante :
- 2 villes de plus de 100 000 habitants (dont la 2ème ville de France), soit 53 % de la population d’AMP
- 12 villes moyennes de 20 000 à 100 000 habitants, soit 21 % de la population d’AMP
- 49 petites villes de 5 000 à 20 000 habitants soit 22 % de la population d’AMP
- 29 communes de moins de 5 000 habitants, soit 4 % de la population d’AMP
Le départ des familles vers des tissus résidentiels moins denses s’explique notamment par une offre de logements inadaptée dans les centres urbains (c’est-à-dire un manque de T3 et T4), des prix de l’immobilier très élevés et une offre de logements sociaux très insuffisante (8 demandes de logement social pour 1 seule attribution contre 4 en moyenne pour les métropoles régionales).
Les fragilités sociales du territoire renforcent l’insuffisance du volume de logements sociaux. Le parc social loge 18% de la population alors que 70% des habitants sont éligibles. On observe des écarts de revenus importants : 10 % des ménages gagnent au moins 3 240 €/mois, 50% gagnent au plus 1 740 €/mois, 10% gagnent au plus 850%/mois.
La forte tendance à la décohabitation vient également renforcer la tension sur le marché du logement.
La transformation du parc de logement doit également prendre le vieillissement de la population. 80 % des communes compteront d’ici 2030 davantage de personnes âgées (+ de 65 ans) que de jeunes de moins de 20 ans.
Ces constats confortent la nécessité d’aborder conjointement le défi de l’intensification urbaine avec celui du logement abordable.
L’écrin paysager exceptionnel d’Aix-Marseille-Provence peut-il suffire à compenser la densification des espaces urbains ?
Un écrin naturel exceptionnel…
La structure urbaine du territoire imbriquant ville et nature, héritée de son histoire et de sa géographie, participe de son identité, entre Provence et Méditerranée, à laquelle les habitants sont attachés. Ce territoire offre a priori un cadre de vie exceptionnel : entre vie urbaine et rurale, villes portuaires ou thermale, station balnéaire et villages perchés. La multiplicité de belvédères sont autant d’atouts qui fondent son grand paysage. Avec ses 175 000 hectares forestiers répartis sur 19 massifs, ces grands réservoirs de biodiversité offrent aux habitants des espaces de respiration et de récréation précieux.
Certes, les espaces naturels et forestiers jouent un rôle primordial dans l’atténuation du changement climatique (production d’oxygène, captation et séquestration du carbone, etc.).
Pour autant, ces compensations naturelles ne sont pas suffisantes face, notamment, aux rejets industriels et des transports, en particulier dans et à proximité des grandes villes, carrières et zones industrielles, grands axes routiers et autoroutiers. La métropole Aix-Marseille-Provence figure même au rang des métropoles les plus polluées.
Le défi de l’intensification complexifie la donne et interroge les équilibres à trouver à l’échelle du territoire métropolitain : les espaces les plus denses sont ceux où la pollution de l’air se subit le plus, étant les espaces urbanisés vers lesquels convergent aussi les habitants des tissus résidentiels plus lâches. (source ?).
- … limité par la prédominance du « tout voiture » notamment dans l’accès à l’emploi (picto ? à dérouler ?)
Cette organisation territoriale polycentrique, marqué par l’étalement urbain l’est également par son corollaire : un système de mobilité fondé sur le « tout voiture ». 90% des déplacements se font en voiture et la durée moyenne des déplacements domicile-travail est de 52 minutes – contre une moyenne nationale indiquant 35 minutes. La Métropole Aix-Marseille-Provence est en tête des territoires les plus saturés et pollués de France. Héritage de l’étalement urbain, 1 emploi sur 2 se trouve situé dans une zone d’activité.
Au-delà du prisme de la qualité de vie, ce système de mobilité fondé sur l’usage de la voiture renforce les inégalités d’accès à l’emploi, en particulier ceux situés en périphéries des villes et mal desservis par les transports en commun. Sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence, 22% des ménages ne possèdent pas de véhicules.
Actuellement, deux tendances s’observent actuellement en matière de cartographie d’emplois et de déplacements domicile-travail ;
- D’une part, les emplois qualifiés augmentent sur la période récente, en lien avec l’attractivité métropolitaine auprès des cadres et professions intellectuelles supérieures avec une concentration au sein des grandes villes. 30 000 emplois sont créés chaque année au cours de la dernière décennie, essentiellement dans le secteur des services et du commerce, autrement dit, des catégories professionnelles qui pourront a priori s’insérer dans le tissu des villes et non pas nécessairement à l’extérieur de celles-ci.
- La zone de bonne desserte par les métros, trams et BHNS couvre 10% de la population d’Aix-Marseille-Provence. Elle en couvrira 18% une fois les projets de transports en cours de réalisation mis en service (Source : AGAM 2024). A titre de comparaison, la zone de bonne desserte actuelle du Grand Lyon couvre déjà la moitié de la population.
Par ailleurs, Si l’on observe la dynamique de construction de logements de 2014 à 2020, on observe que la zone de bonne desserte d’Aix-Marseille-Provence a concentré 29% des nouveaux logements, contre 63% dans le Grand Lyon. La question de la relation urbanisme-transport trouve ici toute son importance.
- Par ailleurs, la métropole Aix-Marseille-Provence compte 9 838 ha (29% des surfaces urbanisées) ayant un bon, voire un très bon potentiel d’accessibilité à 50 000 emplois tout en ayant une densité plutôt faible, inférieure à 42 logements/ha (source : Ville vivantes/OFCE 2024). Ces espaces sont naturellement des cibles pertinentes pour une stratégie de densification.
- Des potentialités pour favoriser des modes de vie fondés sur la proximité
Pour nuancer ce qui vient d’être exposé en matière de mobilité, un levier important est à apporter : 80% des déplacements métropolitains se font dans un rayon de 3 à 10 km autour du lieu de vie, offrant pour une partie de la population la possibilité de recourir à l’usage de mobilités douces et un mode de vie fondé sur des services de proximité.
La notion de « ville du quart d’heure » permet d’aborder la proximité par la mobilité, la densité et la mixité des fonctions. Plus de services, d’équipements, de commerces accessibles dans un temps de déplacement court autour du logement via les mobilités douces, tel est le défi.
Dans la métropole Aix-Marseille-Provence, on compte 237 centralités de proximité, plus ou moins mixtes, définies par la présence cumulée des différents ingrédients de la ville du quart d’heure (source : AUPA 2024) : près de 70% des commerces et services de proximité et 74% des équipements de santé s’y trouvent. Mais seulement 42% de la population d’AMP réside à 15 minutes à pied (aller-retour) de ces centralités « marchables ». On retiendra également que 24 communes sur 92 ne disposent pas du « bouquet de fonctions » permettant d’identifier des centralités, souvent en raison d’une faible densité ou d’une répartition éclatée des aménités.
Ces modes de vie fondés sur la proximité ont un impact direct sur les émissions de CO2 : Sur Aix-Marseille-Provence, grâce à des distances moindres à parcourir et à une moindre dépendance à la voiture, l’empreinte carbone de la mobilité domicile-travail par habitant est environ 4 fois plus faible dans les secteurs denses par rapport aux secteurs moins denses. (source : villes vivantes/ OFCE 2024).
Concilier croissance et préservation de la biodiversité : à quels défis les acteurs économiques du territoire sont-ils confrontés ?
La requalification des zones d’activités commerciales, à l’heure du ZAN et du e-commerce
Les demandes de création de surfaces commerciale n’ont pas attendu la législation du ZAN pour connaître un ralentissement général sur le territoire. L’offre reste concentrée autour des espaces les plus peuplés (Aix, Marseille, Aubagne) et se densifie dans les secteurs de Pertuis et du Val de Durance. Les pôles de Plan-de-Campagne, Aubagne, Vitrolles, Bouc-Bel-Air et la Valentine réalisent les principaux chiffres d’affaires.
Ce ralentissement est à appréhender au regard de la tendance récente mais forte du e-commerce : plus d’1 achat sur 10 s’effectue désormais en ligne et les moyennes surfaces sont davantage plébiscitées, tout comme l’achat local et d’occasion
Par ailleurs, les acteurs de ces vastes espaces (Carrefour, Auchan, etc.) observent que leur modèle économique ne fonctionne plus et partagent le constat qu’il est indispensable de faire muter ces espaces urbanisés. La transformation de ces zones d’activité est à considérer en tenant compte de leur capacité de desserte et de leur interaction avec les villes alentours, de façon globale dans un bassin de vie.
Parallèlement, les zones commerciales périphériques, comme la Valentine ou Plan-de-Campagne, deviennent aujourd’hui d’importants gisements d’intensification. Leurs vastes parkings au sol, à l’heure du Zéro artificialisation nette, doivent être maintenant regardés comme un potentiel foncier à (re)mobiliser. Il en va de même avec les zones d’activités économiques, dont les mutations possibles sont importantes : 800 ha de fonciers économiques vacants y sont repérés par la Métropole.
- La rareté du foncier économique
La diversité du tissu économique de la métropole (industrie, économie résidentielle, filières d’excellence) est un atout fort de ce territoire. Le dynamisme de cette économie contribue fortement au PIB national à hauteur d’environ 3%.
Pourtant, certaines fragilités structurelles présentent des freins conséquents à ce développement économique et territorial : les déplacements difficiles déjà évoqués et un foncier rare.
Ce dernier facteur limitant rend d’autant plus nécessaire la transformation d’anciens espaces pour accueillir de nouvelles activités. Les grandes friches, comme dans le périmètre d’Euroméditerranée à Marseille, sont parmi les potentiels pouvant générer les plus fortes densités.
- Focale sur l’Etang de Berre, locomotive économique du territoire
L’espace de l’étang de Berre présente un enjeu particulier. En plein cœur de la métropole et avec un plan d’eau de 155 km², l’Etang de Berre est la deuxième plus grande lagune du Sud de l’Europe. Composé de 4 étangs, il joue un rôle majeur tant sur le plan environnemental et paysager qu’économique.
Dans les années 70 a été implantée une forte activité pétrochimique sur ces pourtours. L’Etang de Berre subit d’importantes pressions et pollutions liées à l’activité industrielle. Son trait de côte se trouve à 27% artificialisé. La crise sanitaire du Covid a remis dans les priorités politiques nationales la nécessité de la souveraineté industrielle, mais aussi sur la bascule à faire vers une industrie décarbonée.
Autre activité majeure de la zone : le Grand Port de Fos-Marseille. Celui-ci représente à lui seul 50% des flux logistiques interne au territoire métropolitain dont la plus grande partie des marchandises est acheminé par la route, contribuant à la saturation des grands axes autoroutier et à alourdir la production d’émissions carbone.
La zone Fos-Marseille-Gardanne-Méreuil est la 2nde zone de production de CO2 à l’échelle de la France.
La zone industrialo-portuaire de Fos (encadrée par l’OAZIP 2040) est représentatif des équilibres à trouver entre exigence de santé publique et de la qualité de l’air, préservation des espaces naturels (48% de la zone), délimitation d’espaces dédiés à l’industrie et à la logistique (1000 ha), mais aussi adaptation des infrastructures et des constructions induites par l’accueil de nouveaux salariés.
6. Quels sont les partenaires de la démarche ?
